L’aube après nous : Du blog au roman
Le blog : tout trier
Avant le livre, il y a eu le blog. Mais comment procéder, par quoi commencer ?
Objectif « organisation »
Mon blog ce n’était pas que “quelques textes”. Il y avait presque 900 articles. Certains n’avaient même jamais été publiés, ou terminés. Des années entières de pensées, de douleurs, de nuits blanches, d’élans, d’amours, de fractures, archivées quelque part sur Internet depuis 2008. Au début, c’était technique : Exporter. Sauvegarder. Trier. Sauf que rien n’était simple. Il fallait récupérer chaque article individuellement pour obtenir un fichier Word par texte.
Créer des dossiers.
Nommer les fichiers.
Construire des tableaux Excel pour organiser les périodes, les thèmes, les fragments importants.
Je passais mes soirées et les siestes de Louis entourée d’onglets, de documents et de versions anciennes de moi-même.
Et petit à petit, quelque chose a changé.
Je ne faisais plus seulement du classement. Je traversais quinze ans de vie écrite. Certaines phrases me semblaient étrangères. D’autres avaient encore une température.
Au début, je n’ecrivais pas un livre, j’essayais juste de ne pas me perdre dans quinze ans de moi-même.
A ma rencontre
Relire sa propre vie est une expérience étrange surtout quand il s’agit de replonger 17 ans en arrière. Au début, je pensais simplement corriger des textes, changer quelques formulations, supprimer des répétitions, faire du tri… Et puis… Je suis tombée sur des phrases que j’avais complètement oubliées. Des émotions intactes. Des douleurs encore vivantes sous les mots.
Parfois, je me souvenais précisément de l’endroit où j’avais écrit un texte. La lumière de la pièce. L’heure tardive. La sensation physique dans ma poitrine à ce moment-là. Certaines pages avaient encore une température, une émotion.
Le plus troublant, ce n’était pas la tristesse. C’était la rencontre. Relire ces textes, c’était découvrir la jeune femme que j’avais été avec le regard que j’ai aujourd’hui. Voir ses maladresses. Ses élans. Ses contradictions. La manière dont elle essayait déjà de survivre, comprendre, aimer, réparer.
Replonger dans l’écriture de ces moments, c’était comme une sorte de projection astrale. Je revenais exactement au moment où je l’avais écris, je revivais l’émotion, brute, parfois difficile à gérer. Il y a eu des moments où j’ai dû fermer l’ordinateur pas parce que les textes étaient mauvais mais parce qu’ils étaient trop sincères. Réécrire ces textes a été thérapeutique, bouleversant et très intense.
Du blog au manuscrit
La première trame du manuscrit était monstrueuse. Au départ, L’aube après nous n’était que la première partie d’un projet beaucoup plus vaste.
La deuxième, intitulée « Player Two », racontait mon mariage avec mon geek, toute ma période blogueuse, les années pin-up, les réunions sextoys, les débuts d’une autre version de moi-même.
La troisième, « Perdre et renaître », traversait le décès de ma maman, le divorce, la fin de ma société, l’emprise, puis la reconstruction.
À mesure que j’écrivais, alors que je n’étais encore qu’au début de la première partie, une évidence s’est imposée : ce livre dépasserait largement les mille pages. J’aurais voulu tout garder parce que chaque texte me semblait appartenir à quelque chose d’important. Une époque. Une chute. Une renaissance.
L’idée de publier ma vie en plusieurs tomes m’a réellement traversé l’esprit. C’est d’ailleurs pour cette raison que je parlais parfois du “tome 1”. Puis j’ai compris qu’un livre ne pouvait pas contenir une vie entière sans finir par étouffer sous son propre poids. Alors j’ai choisi de commencer par l’aube.
Et le reste viendra, un jour.
Mais aujourd’hui, je savoure déjà la fierté d’avoir donné naissance au premier.
