Avant-première : Extrait de mon prochain roman
Il y a un peu plus de dix ans, je suis tombée enceinte deux fois. À l’époque, tout était simple. Je savais ce que je voulais. Ma vie était mouvementée, mais elle me semblait parfaite. J’étais amoureuse, heureuse, installée dans cette routine de jeune femme qui me suffisait. Je me sentais prête à fonder une famille, à devenir mère. Prête à construire quelque chose qui durerait toute une vie. Puis la vie en a décidé autrement. Une fausse couche. La maladie. Une grossesse. Puis une interruption médicale de grossesse. Lucas est décédé. J’ai perdu ma fille. Et après ça, ma vie n’a plus jamais été tout à fait la même.
Pendant longtemps, je me suis mise en quête du bonheur avec une urgence nouvelle. Comme si, puisque tout pouvait disparaître du jour au lendemain, je devais profiter de tout ce que la vie acceptait encore de me donner.
Je ne me suis jamais refusé aucun rêve réalisable. Je ne me suis jamais empêchée de vivre, de partir, d’aimer, de changer de vie, de recommencer. J’ai fait des choix parfois raisonnables, parfois beaucoup moins, mais j’ai toujours essayé de rester du côté de la vie.
Et pourtant, quelque part en moi, une place était restée vide. La place d’un enfant.
Je pouvais vivre sans y penser pendant des mois. Parfois même pendant des années et puis le désir revenait. Pas toujours de la même manière. Parfois comme une évidence, parfois comme une douleur sourde ou parfois comme une question que je repoussais à demain.
Est-ce que je veux vraiment un enfant ? Ou est-ce que je veux celui que j’ai perdu ? Est-ce que je veux devenir mère ? Ou est-ce que je veux réparer quelque chose qui ne pourra jamais l’être ?
Je n’ai jamais su répondre complètement. […]
Aujourd’hui, je sais une chose. Je regretterai probablement de ne pas avoir d’enfant. Cette certitude est là. Elle me serre parfois le ventre avec une force que je ne peux pas expliquer. Mais une autre peur lui répond.
J’ai peur de faire un enfant avec le mauvais père. J’ai peur de me retrouver seule. J’ai peur de regretter. J’ai peur que ma vie change au point de ne plus me reconnaître. J’ai peur de perdre cette liberté à laquelle je me suis tellement accrochée. J’ai peur de devenir cette femme que j’observe parfois autour de moi, celle qui ne parle plus que de ses enfants, qui se couche à vingt et une heures parce qu’elle est épuisée, qui organise toute son existence autour d’eux. Cette femme que j’ai souvent décrite dans mon blog, et à qui je ne veux absolument pas ressembler.
Je ne veux pas disparaître derrière mon rôle de mère. Je veux continuer à être moi. Je veux rire. Sortir. Créer. Aimer. Écrire. Partir sur un coup de tête. Avoir des projets qui ne concernent que moi.
Je veux pouvoir regarder un ventre rond sans que toute ma vie se résume soudain à ce que je n’ai pas ou à ce que j’ai perdu. Je veux pouvoir tenir un bébé dans mes bras sans avoir l’impression de devoir abandonner la femme que j’étais avant lui. […]
C’est ici, dans ces interrogations, que commence une autre histoire que vous découvrirez bientôt : Les mirages du cœur.
